Peut-être que je montrerai Celeste à mon fils autiste

Le jeu Celeste est connu pour son message et son gameplay difficile mais bienveillant, se voulant une métaphore de nos propres angoisses que l’on tente d’affronter, avec de la persévérance et en prenant confiance en soi. Il a généré de nombreux témoignages de gens y ayant joué qui y ont dressé un parallèle direct avec leur vie, leurs difficultés, disant à quel point ce jeu leur avait fait du bien et les avait aidé.

J’ai un fils de 13 ans, autiste, qui je pense a un peu ce rapport à ses jeux vidéos préférés. Il ne joue pas à Celeste, mais en tombant sur une analyse du gamedesign de ce jeu par le youtubeur Esquive la boule de feu, le parallèle m’a sauté aux yeux.

De par sa condition, mon fils a de grandes limitations scolaires. Il aime aller à l’école, où il a la chance, ici à Montréal, d’intégrer une classe adaptée (9 élèves pour 2 adultes qui les encadrent) au sein d’une école régulière. Mais l’apprentissage reste lent et difficile: des concepts maîtrisés par la plupart des ados de son âge représentent un grand défi pour lui (ex: comprendre le récit qu’il lit, les multiplications, etc.).

Mais je suis convaincu que s’il est persévérant, s’il essaye même quand tout lui paraît abstrait, c’est en partie grâce à certains jeux qu’il affectionne. Parce qu’il y acquiert la satisfaction et la fierté de réussir des épreuves, que ça le pousse a toujours essayer d’aller jusqu’au bout, et que tout ça lui prouve qu’il est « capable ».

Celeste ne fait pas partie de ces jeux, mais j’y vois des points commun, dans leur genre, ou dans l’aspect bienveillant (ne serait-ce que visuellement) et/ou encourageant. Mon fils a fini Rayman Legends en récoltant tout ce qu’il y avait à obtenir. Il avait 8-9 ans. Un an plus tôt, il découvrait à peine ce qu’était une manette et je me demandais s’il saisirait le concept du contrôle à distance. Il a appris à jouer à la manette sur ce jeu: au début, on était à 2 dessus, l’un sur le stick directionnel, l’autre sur les boutons de saut et de punch! Un an plus tard, il finissait le jeu tout seul.

En ce moment, sa « montagne personnelle », c’est son défi de finir Yoshi’s Island sur SNES, en récoltant 100 points dans tous les niveaux. Il avait fini ce jeu il y a 2 ans, mais en y rejouant il y a un mois, il s’est rendu compte qu’en récoltant 100 points dans tous les niveaux d’un monde, on accédait à un niveau bonus… NEW CHALLENGE!!! :) . Et tant qu’à faire, il veut les 100 points aussi dans les niveaux bonus. De quoi se confronter à un défi de plateforme relevé. Il bataille beaucoup, il râle parfois après un énième échec, mais ne renonce pas. Et niveau par niveau, il se rapproche de son but. Et oui, il est bien content à chacun de ses succès.

« Mais comment on fait ? »

Pour vous dire la persévérance: il a même réussi (une fois!) à finir le mode « tour hantée » de Luigi’s Mansion 3 sur Switch en 20 étages… TOUT SEUL! Ceux qui ont tenté savent que c’est déjà une épreuve de haut niveau en jouant à deux (challenge qu’on a d’ailleurs eu du mal à compléter).

Sur sa tablette, il enchaîne patiemment les niveaux d’un jeu comme Tomb of the Mask, une sorte de Boulder Dash rétro. Je suis sûr qu’il est au moins aussi fier que moi je le suis de lui quand il parvient à résoudre par la réflexion les problèmes que posent ces niveaux casse-tête (défi parfois compliqué puisqu’il veut à chaque fois tout récolter, il veut gagner « propre et net » avant de passer au niveau suivant). u point, en 2 ou 3 mois, d’en être au niveau 240, avec tant de fois où je l’ai entendu dire « mais comment on fait? », puis finir par trouver une stratégie gagnante.

Je suis convaincu que la pratique du jeu vidéo (avec des jeux bien choisis évidemment) contribue à le faire progresser, que ça a forgé sa patience et son abnégation, que ça l’aide à affronter ses difficultés, et que sans eux, il écouterait davantage cette petite voix qui nous dit tous régulièrement: « c’est trop dur, arrête ».

Je lui montrerai peut-être Celeste un jour. Et il se rendra peut-être plus loin que moi, qui ait abandonné au 3e niveau :)

Comment Ubisoft a réussi un personnage autiste dans Watch Dogs 2

Vous l’avez peut-être remarqué lorsque j’étais plus actif sur ce blog, mais j’aime bien parler d’autisme et de jeux vidéo ici. Parce que mon fils de maintenant 9 ans est atteint par ce trouble, qu’il aime beaucoup jouer, et que ses rapports aux jeux vidéo me fascinent : pourquoi ça l’intéresse, qu’est-ce qu’il en tire, comment il apprend à résoudre lui-même des problèmes dans les jeux, comment il se construit ses propres références culturelles avec ses jeux, comment il améliore ses réflexes, comment il améliore la motricité fine de ses mains malgré les difficultés liées à sa condition… Les jeux lui apportent beaucoup (sans même parler de l’essentiel : le plaisir de jouer!).

Pourtant, c’est peu dire que l’autisme est un thème absent des jeux vidéo. On trouve bien quelques petites exceptions comme To the moon, mais ça se compte sur les doigts de la main de Frodon.

Watch Dogs 2 fait partie de ces exceptions, avec son personnage Josh, atteint du syndrome d’Asperger (une forme d’autisme où, en gros, les difficultés affectent surtout la communication, les interactions sociales et la perception des sens). Et pour le coup, c’est une énorme exception. C’est une chose de voir un développeur indépendant créer un jeu sur l’autisme parce que le thème lui tient à coeur. C’en est une autre de voir Ubisoft Montréal s’emparer du sujet dans une méga production AAA, avec tous les risques que cela comporte.

C’était risqué

On le sait, créer un jeu AAA peut coûter des centaines de millions de dollars, et les studios de développement qui s’y risquent ont impérativement besoin de les vendre par palettes entières pour rentabiliser leur investissement. Et donc, ils ont tendance à prendre le moins de risque possible au niveau du contenu : thèmes recyclés, gameplay peu novateur mais accessible à tous, univers réduits à la guerre ou à l’heroïc fantasy, scénarios convenus… Et aussi, personnages ultra standards.

Alors quand j’ai vu qu’Ubisoft Montréal avait osé créer un personnage autiste parmi la bande de gentils hackers de Watch Dogs 2, j’ai été particulièrement intrigué… et un peu inquiet. Le cliché sur le milieu de l’informatique étant assez proche de celui sur les autistes (les petits génies pas très sociables, en gros), je craignais de voir un personnage se résumant à un side-kick comique, collectionnant toutes les idées reçues sur les autistes et juste là pour amuser la galerie par sa différence. Évidemment, ça m’aurait vexé pour des raisons personnelles.

Sauf qu’Ubisoft Montréal a réalisé un incroyable boulot sur ce personnage. Lorsque le jeu est sorti en novembre 2016, ça n’a eu quasiment aucun écho, que ce soit dans la presse générale ou spécialisée. Mais moi, quand j’ai joué à ce jeu le mois dernier, le personnage de Josh m’a évidemment frappé de plein fouet. Et j’ai vu, sur tellement de détails, à quel point les créatifs ont bossé leur personnage. Et évité tellement de pièges, tout en pondant un personnage authentique, crédible. Josh n’est pas l’autiste de service : c’est… Josh. Son syndrome n’est pas caché pour autant, il fait partie de lui. Mais Josh ne se résume pas à son autisme. Ses scènes ne servent pas à parler / caricaturer / rire de l’autisme : elles montrent un personnage autiste en action au coeur d’un drame narratif, avec toutes ses forces et ses faiblesses, certaines liées à son autisme, d’autres non.

Un concept art pour le personnage de Josh.

C’est franchement remarquable. Josh est un personnage hyper intéressant, parfois meneur, parfois angoissé, parfois drôle (oui, il ne comprend pas les métaphores…). Il est très attachant et remarquablement joué par l’acteur canadien Jonathan Dubsky. Ses interactions avec les autres personnages du jeu sont très bien pensées. Et au final, il s’est passé quelque chose de rarissime : les joueurs autistes, ou eux-mêmes parents d’enfants autistes, ont pu s’identifier à un personnage qui leur ressemble, crédible, et présenté comme un héros.

Comme dans le cadre de mon boulot, je fais de temps en temps des petits extras pour Pèse sur start, le média de gaming québécois, j’ai eu envie d’aller interviewer le directeur créatif de la série Watch Dogs, Jonathan Morin, pour lui demander comment son équipe s’y est pris pour créer Josh. Il a accepté, et c’était vraiment intéressant, d’autant qu’il est la personne qui a lancé l’idée d’un personnage autiste (pour des raisons que vous verrez en voyant cet entrevue).

Je vous laisse un lien vers l’entretien : un montage vidéo de 4 minutes suivi d’une retranscription complète par écrit.

Cliquez ici pour voir l’entrevue.

Baptiste joue à THE CREW

Je suis le touriste de la route!

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Je n’aime pas les jeux de voiture, mais j’aime bien The Crew. Non, je ne suis pas bipolaire (mon psychiatre me le répète trois fois par jour). Mais The Crew m’a apporté ce que peu de titres du genre mettent en avant: la possibilité de rouler n’importe où aux États-Unis, sans but, pour la balade.

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Baptiste joue à THE CURIOUS EXPEDITION

« Sa place est dans un musée! »

Ha ben c’est pas trop tôt! Depuis le temps que je dis que l’exploration pure devrait être récompensée, notamment dans les RPG où il n’y en a trop souvent que pour les combats… À croire que personne ne m’écoute. On va dire que les Allemands de Maschinen-Mensch ont entendu mon appel, bien que je ne parle pas un traître mot de la langue de Gueutte (je ne suis même pas capable d’écrire correctement le nom de cet écrivain, c’est dire).

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Baptiste joue à BETRAYER

Au temps maudit des colonies

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J’ai du mal à me faire un avis sur Betrayer. D’un côté, le jeu de Blackpowder Games, une équipe formée des anciens développeurs à l’origine de F.E.A.R., a de quoi séduire. Son gameplay FPS survival, où les munitions sont comptées et ou le moindre affrontement peut être fatal, donne du fil à retordre. Son ambiance ésotérique originale est campée dans une colonie américaine au début du XVIIe siècle, une période de chocs culturels peu exploitée dans les jeux vidéo. Et son parti pris visuel est assez osé, avec son noir et blanc qui compense largement l’âge de l’Unreal Engine 3 (même s’il est possible d’y mettre de la couleur).

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Un crédit d’impôt pour le jeu vidéo britannique

La Reine n’y est pour rien, par contre

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La guerre des crédits d’impôt continue au royaume du jeu vidéo. Alors qu’on n’y croyait plus, c’est au tour du Royaume Uni de s’armer: la Commission Européenne y a validé cette semaine un dispositif équivalent au Crédit d’Impôt Jeu Vidéo français. La « Tax Relief System for Video Game Producers » permettra aux studios de développement d’obtenir en retours d’impôts jusqu’à 25% des coûts de développement.

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Les jeux vidéo rendent agressifs, m’dame!

Une étude le « suggère »

Ça faisait longtemps. Une nouvelle étude pointe le bout de son nez, et à nouveau, les jeux vidéo ne tiennent pas le beau rôle. Figurez-vous que les enfants et adolescents jouant régulièrement aux jeux vidéos ont plus de pensées et de comportements agressifs, selon une étude menée à Singapour avec plus de 3000 participants publiée ce 24 mars aux États-Unis, an de grâce 2014. On lit à peu près le même communiqué de presse dans tous les sites d’info que j’ai visité. À chaque fois, la « légère » nuance qui change tout est planquée en fin de texte.

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Free to play, un docu sur les jeux vidéo produit par Valve

Mélange des genres

Voilà que Valve se met à produire un documentaire sur le jeu vidéo. Sur l’e-Sport plus exactement. Free to play, qui sera diffusé gratuitement sur Steam le mercredi 19 mars prochain, suit le parcours de trois joueurs professionnels, Danil Ishutin (Ukraine), Clinton Loomis (USA) et Benedict Lim (Singapour). Leur quotidien les emmène vers le tournoi The International, qui promet un million de dollars au vainqueur. À quoi peut-on s’attendre d’un documentaire sur le jeu vidéo produit par le principal vendeur de jeux vidéo sur PC? Une partie de la réponse tient dans cette info balancée l’air de rien par Valve sur le site web du docu: « Un pack Free to Play sera disponible à l’achat sur Steam dans le magasin Dota 2, et 25% des ventes seront reversées aux joueurs ainsi qu’aux contributeurs. L’édition Collector inclura des items Dota 2 dans le jeu ».

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