Free to play, un docu sur les jeux vidéo produit par Valve

Mélange des genres

Voilà que Valve se met à produire un documentaire sur le jeu vidéo. Sur l’e-Sport plus exactement. Free to play, qui sera diffusé gratuitement sur Steam le mercredi 19 mars prochain, suit le parcours de trois joueurs professionnels, Danil Ishutin (Ukraine), Clinton Loomis (USA) et Benedict Lim (Singapour). Leur quotidien les emmène vers le tournoi The International, qui promet un million de dollars au vainqueur. À quoi peut-on s’attendre d’un documentaire sur le jeu vidéo produit par le principal vendeur de jeux vidéo sur PC? Une partie de la réponse tient dans cette info balancée l’air de rien par Valve sur le site web du docu: « Un pack Free to Play sera disponible à l’achat sur Steam dans le magasin Dota 2, et 25% des ventes seront reversées aux joueurs ainsi qu’aux contributeurs. L’édition Collector inclura des items Dota 2 dans le jeu ».

Si vous vous attendiez à un documentaire journalistique, sachez donc que Valve a l’intention de provoquer des actes d’achat. Et Dota 2, pour ceux qui ne connaîtraient pas, est un poids lourd du jeu en ligne et de l’e-Sport. Il a même été nommé jeu de l’année 2013 dans la catégorie «e-Sports» par le magazine PC Gamer. Je serai extrêmement surpris de sentir le début d’un regard critique sur une pratique du jeu vidéo aussi intensive que celle de ces professionnels de l’e-Sport.

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Je ne voudrais pas faire mon parano, mais on est pile dans le mélange des genres tant critiqué durant l’affaire du Doritos Gate. Le message est-il livré par un vendeur ou un média au-dessus de la mêlée? Une chose est sûre: nulle part on indique le nom des journalistes, s’il s’agit bien de journalistes, auteurs du film. Seul la griffe du producteur, Valve, apparaît, partout. Valve qui avait déjà produit un métrage de 20 minutes sur les coulisses de l’édition 2012 du tournoi The International. Selon IMDb, la compagnie de Gabe Newell aurait investi environ 150 000$ dans le projet Free to play, qui durera 75 minutes. Une paille pour Valve, un ballot entier pour un documentaire journalistique.

Alors on ne va pas condamner le film tout de suite, on va au moins attendre de le voir. Certains ont déjà eu ce privilège, apparemment. Le site de Free to play glisse déjà quelques extraits de critiques positives, signées Geoff Keighley (Monsieur Doritos Gate) ou Philippa Warr (wired.co.uk). Mais je dois être très mauvais sur Google, car je n’ai pas réussi à retrouver les articles originaux contenant ces extraits enthousiastes.

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Et mon esprit critique sera peut-être contredit: après tout, le simple fait de montrer le quotidien de ces acharnés  du raccourci-clavier peut suffire à faire tomber des mâchoires, sans qu’il y ait besoin d’en rajouter. Mais si Valve veut vendre du Dota 2, on peut quand même s’attendre à une mise en scène plus héroïque que tragique de la vie de ces trois jeunes hommes. « Le film retrace les épreuves et les sacrifices que les joueurs traversent pour rester au top », indique Valve. La bande-annonce est à l’avenant: on dirait un mélange de film de sport, du Seigneur des Anneaux, et même, avec un peu de cynisme, de Fight Club. « On cherche tous quelque chose, la capacité de devenir quelqu’un d’autre », « aujourd’hui tu essayes de devenir le meilleur au monde », « le travail d’équipe, la confiance, le sacrifice », et autres punchlines du même style, le tout enrobé d’une musique grandiloquente, d’images de foule en délire et de scènes de jeu épiques. C’est une bande annonce très cinématographique d’ailleurs: les seuls noms qui apparaissent à la fin sont ceux des trois « héros ». Et Valve. Pas de journaliste à l’horizon.

Le docu mérite-t-il d’être vu ? Mon petit doigt me dit que oui, à partir du moment où on garde en tête ces conditions de réalisation. Visuellement, le documentaire semble particulièrement léché. Et il faut dire ce qui est, le quotidien de trois jeunes qui tentent de gagner leur vie en jouant aux jeux vidéo, c’est un sacré sujet de société.

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Le seul fait qu’un tel reportage ait été produit prouve aussi que le regard porté sur le jeu vidéo est en train de changer. Valve a certainement l’intention de vendre des jeux derrière, mais si elle a investi dans un documentaire sur ce sujet, c’est parce qu’elle devine qu’il y a un public pour ce type de film. Cette évolution, c’est celle que l’on voit aussi dans les médias du secteur, qui sont en train de se transformer: les mags purement consommateurs disparaissent, des publications plus créatives, avec plus de recul et de maturité, apparaissent. Les médias du jeu vidéo sont en train de passer à l’âge adulte si l’on peut dire, et la production de « Free to play » sera peut-être une expression de cette évolution. Si le film ne se réduit pas à un simple produit de consommation évidemment.

Et si l’espoir reste permis, c’est parce que la bande-annonce montre aussi des extraits moins épileptiques. Les familles ont été interrogées. Leur désaccord, leur inquiétudes et leur incompréhension est rapportée. Un bref extrait nous apprend qu’un des joueurs a été expulsé de chez lui. S’il y a des conséquences dramatiques à l’abus des jeux pour ces jeunes gens, Valve ne semble pas les avoir cachés sous le tapis. Reste à savoir si cet aspect dramatique sera utilisé comme élément de réflexion pour le spectateur ou comme simple ingrédient permettant de fabriquer de bonnes histoires.

Le genre d’histoire qui donnerait envie d’acheter Dota 2.

EDIT: comme me l’a gentiment fait remarquer un lecteur, Dota 2 est effectivement gratuit au départ. Pour être précis, j’aurais dû donc écrire la dernière phrase ainsi: «Le genre d’histoire qui donnerait envie d’acheter des packs d’objet sur Dota 2.»

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